
L’éditorial
La rencontre de Gürlek avec les journalistes, le 10 septembre, a éclairé la portée de ce principe. Il n’a pas seulement évoqué l’affaire de la municipalité métropolitaine d’Istanbul. Il a également abordé les plaintes visant l’ancien maire d’Ankara, Melih Gökçek, et ses fils, précisant que les procureurs les examinaient et que la procédure suivrait les éléments de preuve. Une phrase résume son approche : « La même loi doit s’appliquer, quel que soit l’auteur de l’infraction. » [1]
Les conséquences pour l’administration publique sont simples. Appartenir à l’AK Parti, au CHP ou à un autre mouvement politique ne doit conférer aucun privilège dans l’examen des allégations. Le contrôle juridique tire précisément sa force de l’application d’un même critère aux différents milieux politiques. C’est ce qui mérite d’être soutenu dans la position de Gürlek : définir l’obligation de rendre des comptes comme une responsabilité indépendante du poste occupé et des relations politiques. Le même critère doit naturellement servir à vérifier si ce principe se concrétise.
Dans le procès de la municipalité métropolitaine d’Istanbul, il faut préserver la distinction entre identité politique et responsabilité pénale. Les conséquences politiques d’une affaire ne suffisent pas à démontrer une motivation politique. Les allégations relatives aux opérations municipales, aux marchés et aux mouvements financiers doivent être examinées à partir des preuves. Une victoire électorale ne supprime pas l’obligation de rendre compte de l’exercice du pouvoir public.
La déclaration de Gürlek laissant au tribunal l’appréciation des preuves et la décision finale sur la situation juridique des prévenus doit être lue dans ce cadre. La position de l’accusation, les objections de la défense et le jugement constituent des étapes distinctes. Défendre le bon fonctionnement du droit suppose que chacune reste dans les limites de ses compétences et de ses procédures. [2]
Alo Adalet 135 : un système qui examine son propre fonctionnement
Les réformes sont généralement décrites à travers les modifications de la législation. Pourtant, ce qui façonne le plus directement la relation d’un citoyen à la justice, c’est la possibilité d’obtenir une réponse à une question : qu’est devenu mon dossier ? Alo Adalet 135, lancé avec la nouvelle année judiciaire, donne pour la première fois à cette question un interlocuteur institutionnel. Le qualifier d’avancée la plus inventive de la Türkiye en matière de technologie judiciaire depuis UYAP ne serait pas exagéré. Il ne s’agit pas d’ajouter une règle, mais de créer un mécanisme de retour d’information permettant au système de repérer ses propres blocages.
Le soin apporté à sa conception se lit dans les détails. La ligne a ouvert le 1er septembre 2026 dans les palais de justice d’Ankara-Ouest, d’İzmir et de Kayseri. Son champ repose sur des seuils mesurables, et non sur une boîte à plaintes sans limites : affaires de plus de cinq ans devant les juridictions de première instance, d’appel et administratives, et enquêtes de plus de trois ans. Les appelants passent par une vérification sécurisée de leur identité. Leurs demandes sont recueillies par un système vocal assisté par l’IA ou par des agents spécialisés, puis transmises directement aux bureaux d’efficacité des services judiciaires créés dans les tribunaux. Si nécessaire, ces bureaux saisissent la juridiction ou le procureur concernés. Les parties sont informées par SMS, tandis que le secret des dossiers d’enquête est préservé. L’appel ne se perd donc pas derrière un numéro de référence : il atteint le service qui détient le dossier. [3] [4]
L’innovation centrale est là. Pendant des années, les retards étaient vécus comme une malchance individuelle : le citoyen dont le dossier avait été oublié n’avait aucun interlocuteur. Alo Adalet 135 transforme cette expérience en information mesurable, traçable et exploitable. Chaque appel signale un blocage ; les données réunies par les bureaux donnent au ministère une image en temps réel du paysage judiciaire. Lorsque Gürlek présente le service comme un moyen de « repérer les points de blocage des affaires prolongées et de produire des solutions », il indique qu’il s’agit d’un outil de gestion plutôt que d’une opération de communication. Le droit à être jugé dans un délai raisonnable étant le problème le plus récurrent de la Türkiye devant la Cour européenne des droits de l’homme, transformer un résultat subi en indicateur anticipable constitue déjà un changement de perspective. Le déploiement national prévu après la phase pilote témoigne aussi de la volonté de pérenniser cette évolution.
Des dossiers qui attendent encore des réponses
Les meurtres non élucidés et les disparitions constituent un autre volet notable du mandat de Gürlek. Selon le bilan du ministère de la Justice du 10 septembre, 638 dossiers ont été repris et les faits ont été éclaircis dans 40 d’entre eux. Ces résultats annoncés, issus du travail conjoint des procureurs et des services compétents, signalent un regain de moyens et d’attention pour des affaires qui attendent des réponses depuis des années. [5]
La portée sociale de ce travail dépasse les chiffres. De nouvelles capacités d’enquête et un meilleur partage de l’information entre institutions peuvent rouvrir des dossiers considérés comme clos. La priorité accordée par Gürlek à ce domaine fournit la base la plus concrète dont nous disposons pour évaluer sa détermination dans la conduite de l’administration.
Cela explique aussi pourquoi on peut le qualifier de personnalité publique courageuse : il défend l’examen d’allégations même contre des personnes puissantes et maintient les dossiers difficiles à l’ordre du jour. Mais cette détermination n’acquiert une valeur institutionnelle que si la présomption d’innocence, les droits de la défense et l’indépendance de l’appréciation judiciaire sont protégés avec la même rigueur.
L’idée portée par Gürlek est que le droit ne doit pas reculer devant l’appartenance politique ou l’influence. Un système où l’usage de l’argent public peut être justifié, où les meurtres longtemps irrésolus sont réexaminés, où les citoyens dont les dossiers stagnent ont un numéro à appeler et où chacun est évalué selon les mêmes critères : tel est l’objectif défendu.
D’après les publications de: Anadolu Ajansı · 10 septembre 2026; Medyascope · 10 septembre 2026; Karar · 1 septembre 2026; ABC Hukuk · 1 septembre 2026; Ministère de la Justice / Adalet Bakanlığı · 10 septembre 2026.
Documents sources
05Mises à jour du dossier
Terminée
État de l’enquête éditoriale enregistré.
Dossier publié
Note de la rédaction
Éditorial. Les interprétations et appréciations sont celles de l’auteur, non des constatations judiciaires. Les détails du programme et chiffres cités sont attribués aux sources ci-dessous. Les citations sont traduites du turc.
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