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SYNTHÈSE D’ENQUÊTER46

L’institution fantôme du Nigeria : l’État nie son existence, ses registres disent le contraire

Un conseil dont la présidence nie l'existence a obtenu une ligne budgétaire, un bureau dans un bâtiment fédéral, un code comptable et des plaques d'immatriculation officielles. Une enquête parlementaire cherche à comprendre comment une lettre que la présidence désavoue a intégré les véritables registres de l'État.

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Illustration symbolique d’un bureau officiel vide, avec un fauteuil qui se désagrège et le drapeau nigérian
Illustration éditoriale ; il ne s’agit pas d’une photographie des locaux réels du conseil. — The Ledgers

Le dossier

Un bureau dans le complexe du Secrétariat fédéral à Abuja. Sept plaques officielles, de « PFIPC 01 » à « PFIPC 07 », dont une sur un Lexus LX blindé de 2024. Un code administratif dans le système comptable de l'État. Une ligne d'environ 1,3 milliard de nairas au budget national.

La plupart des signes extérieurs d'une institution publique figurent dans le dossier du Presidential Foreign Intervention Promotion Council (PFIPC). Il ne manque que l'institution elle-même. Selon la présidence nigériane, aucun conseil de ce type n'existe sous l'administration actuelle et personne n'a été nommé à sa tête.

Une commission d'enquête de la Chambre des représentants, présidée par Yusuf Gagdi, examine cette contradiction : comment une institution réputée inexistante a-t-elle obtenu de véritables autorisations de véritables administrations ?

« Une telle fonction n'existe pas »

La position de la présidence est claire. Un communiqué publié le 11 juin 2026 sous la signature de Femi Gbajabiamila, directeur de cabinet du président Bola Tinubu, affirmait deux choses au sujet de Prince Adeniyi Adeyemi, qui se présentait comme le chef du conseil : cette fonction n'existe pas sous cette administration et aucune nomination de cette nature n'a eu lieu. Le texte mettait également en garde les missions étrangères, les institutions financières et les services de sécurité.

Mais le budget était déjà écrit. Celui de 2026, promulgué le 31 mars 2026, comportait sous la rubrique de la présidence une ligne commune intitulée « Presidential Economic Advisory Council/Presidential Foreign Intervention Promotion Council » (PEAC/PFIPC). Elle prévoyait environ 803 millions de nairas pour le personnel, 200 millions pour les frais de fonctionnement et 300 millions pour les investissements, soit 1 302 978 784 nairas au total. L'institution que la présidence disait inexistante avait intégré sa propre rubrique budgétaire deux mois et demi avant cette déclaration.

Adeyemi n'a pas reculé. Lors d'une conférence de presse à Abuja, il a contesté le communiqué. Il a affirmé que le conseil disposait de comptes à la Banque centrale, d'un bureau au Secrétariat fédéral et d'une autorisation de la direction de la fonction publique fédérale pour plus de 300 agents. Il a demandé une enquête indépendante.

Une ligne budgétaire, mais aucun décaissement

Selon le Bureau du budget, aucun fonds n'a été versé au titre de cette ligne. Son directeur général, Tanimu Yakubu, s'est exprimé devant la commission le 24 juillet. Le conseil aurait demandé 3,85 milliards de nairas pour ses dépenses de personnel ; le bureau aurait rejeté ce montant et l'aurait recalculé à environ 803 millions. Les conditions préalables à la dépense n'ont jamais été remplies. L'autorisation financière, ou Financial Clearance, nécessaire avant le recrutement et le paiement des salaires n'a pas été accordée. La Commission nationale des salaires, revenus et rémunérations n'a pas non plus approuvé la structure des effectifs et des rémunérations. Lorsque le statut juridique de l'organisme a été mis en cause, le Bureau du budget a demandé en juin au ministère des Finances et au service du Comptable général de suspendre toutes les instructions de paiement. Yakubu a résumé la situation : « Pas un seul kobo n'a été retiré. » Un kobo représente un centième de naira.

C'est une limite essentielle de ce dossier : une inscription budgétaire ne prouve pas qu'un paiement a eu lieu. Le rapport intermédiaire de la commission, daté du 2 septembre, n'avait pas encore lui-même établi l'existence d'une autorisation de dépense, d'une mise à disposition de liquidités ou d'un transfert effectif.

La question est de savoir comment cette ligne est entrée au budget. La piste mène à une lettre.

Fausse lettre, vraie réponse

Un courrier daté du 7 novembre 2024, présenté comme émanant de la présidence, demandait au Bureau du Comptable général de la Fédération un code administratif pour le conseil. Le Comptable général, Shamseldeen Ogunjimi, l'a expliqué à la commission le 27 juillet : ce code devait servir à la budgétisation, à la comptabilité et à l'information financière. Son bureau l'a créé, a informé la présidence de son accord et en a avisé l'Auditeur général. D'autres demandes ont suivi : autonomie comptable, affectation de personnel, compte dans le système du Compte unique du Trésor, comptes en devises et autorisations de financement. Ogunjimi a souligné qu'aucun argent public n'avait été transféré à l'organisme, malgré les autorisations administratives.

La présidence affirme pourtant que cette lettre ne venait pas d'elle. Selon le rapport intermédiaire, le service mentionné n'existait pas sous cette forme et la personne désignée comme signataire n'avait jamais occupé ce poste. La présidence n'avait ni rédigé ni autorisé ce courrier.

La réponse du Bureau du Comptable général était, elle, authentique : l'administration l'a confirmé devant la commission. Plus frappant encore, des responsables ont reconnu qu'elle n'aurait pas dû être remise à Adeyemi et aurait dû passer par un canal officiel vérifié. La commission en recherche la cause : négligence, vérification insuffisante, non-respect des procédures ou facilitation délibérée ? Elle souligne qu'aucun agent ne sera tenu pour coupable sans avoir été entendu.

Les pièces suspectes ne se limitent pas à ce courrier. Selon les premières conclusions de la commission, la lettre de nomination d'Adeyemi était fabriquée et faussement attribuée à la présidence. Le prétendu « décret présidentiel no 5 » du 24 février 2026, présenté comme le fondement juridique de l'organisme, serait lui aussi inauthentique.

Bureau, personnel, plaques

L'institution sur le papier a progressivement acquis une présence physique. D'après le rapport intermédiaire, le conseil occupait une partie des locaux du Secrétariat fédéral précédemment attribués au Bureau du secrétaire du gouvernement de la Fédération. Selon la commission, certains agents ont mis ces espaces à sa disposition sans affectation légale par la direction de la fonction publique fédérale.

Environ 39 personnes de différents grades ont été inscrites ou présentées comme membres du personnel. La commission examine leur recrutement, l'origine de leurs lettres de nomination et cartes professionnelles, l'existence d'éventuels salaires et de paiements pour obtenir un poste. Elle entend distinguer les personnes trompées de celles qui ont participé en connaissance de cause.

Les plaques sont peut-être l'élément le plus tangible du dossier. Le Federal Road Safety Corps (FRSC), organisme fédéral de sécurité routière, a reconnu devant la commission en avoir délivré sept au conseil. Il s'était fondé sur les documents fournis, les informations du site internet et l'adresse de bureau déclarée. Les véhicules dont les numéros de châssis ont été vérifiés étaient un Lexus LX blindé de 2024, deux Toyota Land Cruiser et quatre Toyota Hilux. Tous ont reçu des plaques allant de « PFIPC 01 » à « PFIPC 07 ». Selon la commission, ces autorisations reposaient sur des pièces trompeuses ou fabriquées.

58 comptes, 400 millions de nairas

La piste financière n'est pas encore éclaircie. D'après le rapport intermédiaire, environ 58 comptes bancaires sont liés à Adeyemi par son BVN, le numéro nigérian de vérification bancaire, et d'autres éléments d'identité. Plus de 30 étaient utilisés au nom d'environ neuf institutions, sociétés, fondations ou structures similaires. La commission précise qu'elle n'a pas conclu à l'illégalité de l'ensemble de ces comptes et entités. Les documents d'enregistrement, les bénéficiaires effectifs, les pouvoirs de signature et les mouvements bancaires restent à l'examen.

Dans une plainte distincte, une entreprise affirme avoir versé environ 400 millions de nairas entre mai et juillet 2025 contre la promesse d'obtenir le marché de rénovation et d'ameublement d'une résidence officielle prétendument attribuée à Adeyemi en qualité de directeur général. Adeyemi aurait déclaré à la Commission indépendante contre les pratiques de corruption (ICPC) que cet argent constituait un prêt. La commission examine les comptes destinataires, le statut de la résidence et l'existence d'un éventuel avantage pour un agent public. Elle rappelle que seule une juridiction compétente peut établir une responsabilité pénale.

La signature du démenti

Le dossier comporte aussi une dimension politique. Adeyemi avait accusé Gbajabiamila, signataire du communiqué présidentiel, d'avoir demandé une part de la subvention de démarrage destinée à l'organisme. Gbajabiamila a démenti et engagé une action en diffamation réclamant 15 milliards de nairas. Selon les conclusions préliminaires de la commission, les pièces ne montrent pas qu'il ait autorisé, approuvé ou pris part aux activités de l'organisme. Elles indiquent au contraire que, dans la journée suivant l'apparition des inquiétudes, il a alerté la police, le Bureau du conseiller à la sécurité nationale, le service de sécurité intérieure DSS et la Commission des crimes économiques et financiers EFCC. La commission a salué ces démarches dans son évaluation préliminaire. L'ICPC n'a pas non plus trouvé d'élément reliant Gbajabiamila à la nomination d'Adeyemi.

Devant la justice

Le 30 septembre, Adeyemi a plaidé non coupable des huit chefs de faux et d'usurpation de fonction lus devant la Haute Cour fédérale d'Abuja. L'un porte sur une lettre de nomination présentée comme signée par Gbajabiamila et attestant sa nomination par le président Tinubu. Le Bureau du procureur général de la Fédération a repris la procédure engagée par la police. Le tribunal a ordonné son maintien à la prison de Kuje dans l'attente d'une décision sur sa demande de mise en liberté sous caution. Les audiences relatives à la caution et au procès ont été fixées aux 12 et 13 octobre. Aucune condamnation n'a été prononcée ; Adeyemi bénéficie de la présomption d'innocence.

De vraies signatures

La distinction entre une inscription budgétaire et un paiement reste la limite centrale de ce dossier. Mais les pièces posent une question plus vaste. Qui a effectué quels contrôles avant qu'un organisme à l'existence juridique non vérifiée reçoive un code, un bureau, des plaques et une ligne budgétaire ? À quel stade cette ligne a-t-elle intégré le budget, à la demande de qui et après quel examen ? Une seule de ces administrations a-t-elle demandé à la présidence si la lettre venait réellement d'elle ?

Chaque autorisation authentique a pu devenir une nouvelle preuve de légitimité pour la demande suivante. Le FRSC a indiqué s'être également appuyé sur l'adresse de bureau déclarée pour délivrer les plaques : cela montre comment la chaîne pouvait fonctionner. Une fausse lettre a peut-être ouvert la porte. Mais nombre des autorisations qui ont suivi portent de vraies signatures.

Documents sources

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    Mises à jour du dossier

    1. Première publication

      Dossier publié

    Note de la rédaction

    Une dotation budgétaire ne prouve pas un paiement. Les conclusions de la commission présentées ici sont préliminaires ; Adeyemi conteste les accusations pénales et n’a pas été condamné.

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